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Christine Renon: communiqué du SNALC Grenoble

 

Chères et chers collègues,

Vendredi soir, à la demande de notre ministère, Madame la Rectrice de l’académie de Grenoble a émis de manière précipitée une circulaire enjoignant à l’ensemble de la communauté éducative de rendre hommage à l’ancien président Jacques Chirac par le biais d’une minute de silence effectuée dans le cadre d’une journée de deuil national.

Alors même qu’il s’engage pleinement dans cet hommage, le ministère de l’Education nationale s’emploie à étouffer toute publicité autour d’un autre décès, celui de notre collègue Christine Renon, qui s’est suicidée sur son lieu de travail, l’école maternelle de Pantin, samedi 21 septembre. Le courrier qu’elle a adressé à ses collègues ne souffre d’aucune ambiguïté : c’est bien l’institution qu’elle remet en cause, ce sont ses conditions de travail qui ont motivé son geste.

Voici ce qu’elle nous dit : « Je n’ai pas confiance au  soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution, d’ailleurs, il n’y a aucun maillon de prévu, les inspecteurs de circonscription ont probablement encore plus de travail que les directeurs, et la cellule de crise quelle blague ! L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête ! Pourvu que la presse ne s’en mêle pas ! ».

On comprend alors mieux pourquoi notre hiérarchie a demandé aux collègues de la directrice de l’école de Pantin de remettre son courrier à la police, et de ne surtout pas le diffuser. On comprend mieux aussi pourquoi le Ministre Blanquer est resté si discret à propos de cet événement, se contentant d’un tweet sans jamais même mentionner le nom de Christine Renon.

Dans ses derniers mots, Christine Renon remercie l’administration de « ne pas salir [son] nom ». Celle-ci s’attache seulement à le faire tomber dans l’oubli, comme d’autres avant elle.

Souvenons-nous. Pierre Jacque, qui avait écrit une lettre bouleversante sur la destruction de son métier. Lise Bonnafous, qui s’est immolée dans la cour de son lycée : « C’est pour vous que je le fais ». Jean Willot, qui n’a pas supporté d’être accusé à tort de violences et a été confronté à la froideur de notre hiérarchie. Cette hiérarchie qui s’empresse de convoquer les enseignants pour le dérapage le plus anodin, tout en accablant ses agents d’exigences toujours plus délirantes, en oubliant la vocation première et originelle de notre institution : instruire les élèves qui lui sont confiés.

Le SNALC-Grenoble s’associe à la douleur de la famille, des proches, des collègues de Christine Renon. Sa mort est un véritable choc pour l’ensemble de la profession.

Une minute de silence pour Jacques Chirac, certes. Mais pour Christine Renon, aucun hommage, seulement un silence bien trop long et assourdissant de la part de l’administration, qu’elle met en cause dans ses derniers mots.

Le SNALC-Grenoble contribuera à partager ses derniers mots, afin que sa mort ne soit pas vaine. Nous diffusons en pièce jointe de ce message le courrier de Christine Renon, que sa famille a accepté de rendre public.

Nous ne voulons plus de « naufragés sacrifiés », nous voulons une institution qui nous protège, nous voulons exercer dans des conditions dignes, et surtout, nous ne voulons plus que parmi nous, certains meurent d’enseigner.

C’est pourquoi nous relayons auprès de vous l’appel des Stylos rouges à un rassemblement demain, mercredi 2/10, devant le rectorat à 14h30 en hommage à Christine Renon. Ce rassemblement sera suivi d’une AG à 15h.

Le SNALC-Grenoble soutient par ailleurs les actions qui sont organisées sur tout le territoire dans les écoles ce jeudi 3/10, qui verra la tenue d’une session extraordinaire du CHSCT de Seine-Saint-Denis au sujet du suicide de Christine Renon.

L’équipe du SNALC-Grenoble.

Courrier de Christine Renon

Hommage des stylos rouges de Grenoble